Charlie Coleman "Noisy Typewriter"

Messages: 15 Date d'inscription: 10/11/2008 Localisation: West Ark
 | Sujet: Henry's Lounge Bar Ven 12 Déc - 22:26 | |
| Parmi les bars en vogue à cette époque, il avait le fameux bar "lounge" d'Henry Homerson, qui était un parfait représentant de la société américaine qui avait réussi. Dans les couleurs, les plats et les clients de son commerce, on voyait que Henry avait pour plus cher désir de faire couleur locale. Le tout était de ne pas dépareiller avec les autres boutiques. Ce n'était après tout pas vraiment lui qui décidait, puisque son protecteur, son ange gardien, c'est...- Coleman !Henry se précipita derrière le comptoir et voulut faire mine de fermer le bar, cachant le plus de bouteilles possibles alors que deux coupés noirs pilèrent devant son bar. La fine fleur des artilleurs lourds des Jazzmen de West Ark surgirent des véhicules en sautant par-dessus les portières. Leur chef, en tête, poussa largement la double-porte. Henry balbutia quelque excuse :- Ecoute, Charlie, t'énerve pas... Je sais que je n'ai pas tout payé ce mois-ci, mais je te promets que la clientèle va revenir... Ce n'est qu'une question de temps, te fais pas de mouron...Charlie, secondé par ses sbires, laissa se refermer lentement la double-porte avant de tirer un cigare de sa poche de veste et de le humer. D'un ton faussement amical, il entonna :- Henry, dis-moi... Ton bar est sacrément bien rénové, ce boui-boui crasseux a l'air plus neuf que la dernière fois que je l'ai fréquenté. T'aurais pas remis un coup de peinture ou deux, à tout hasard ? - C'est à dire que... Les travaux coûtent cher tu sais... Et les temps sont durs... - Mon vieux, te dérobes pas... J'ai une question pour toi : où est mon pognon ? Dans tes murs, où dans tes boissons ? Tu sais que je te paie pas à tout dilapider aux quatres vents. Les gens viennent ici pour boire, pas pour mater la moquette ou les tableaux de maîtres.Henry suait fortement. Il attendait la réaction de Coleman une fois que celui-ci aurait allumé son cigare. Ses gorilles lorgnaient la salle, les clients sortirent prudemment de la pièce. Il y allait avoir du vilain. Coleman avança lentement vers sa proie tremblante, en prenant bien soin de faire résonner chacun de ses pas, qui sonnaient déjà comme des balles qui frappaient les murs fraîchement repeints. Plusieurs longues secondes se passaient. Charlie souffla sa fumée dans le visage d'Henry, et demanda d'un air détaché : - Ca te dérange pas si on s'installe à l'étage pour quelques heures ? On a une petite partie de cartes avec d'anciens amis. Et je sens que je vais avoir de la chance aujourd'hui, dit-il en tâtant sa poche de révolver. Quelque chose me dit que je vais gagner. - Euh.. Mais.. Mais je t'en prie... Reste autant que tu veux... Y a... Y a une salle avec une table au pr... premier... - Les gars, montez poser vos jouets et préparez le jeu.Les hommes de Charlie disparurent dans les étages. Au même moment, Herman, bras-droit de Charlie, pénêtra dans le bar et vint rejoindre son chef accoudé au comptoir. Il fut coupé avant même qu'il eut commencé à parler :- Je sais, Herman, je sais. Assiez-toi, faut qu'on cause. Ce qui s'est passé au port ne doit plus jamais, jamais se reproduire. Il s'est passé une chose terrible pour nous. Nous avons perdu en plus de notre cargaison d'armes, des hommes et leur confiance. On leur a menti sur l'objectif de la mission, et ça c'est très mauvais. Tu sais Herman, policiers comme gangters, les deux ont une éthique. Un code de morale. Si les flics ont ce sens si sacré du "devoir" et de la "loi", nous, on ne peut pas se permettre de mentir à nos gars. Comme un général ne mentirait pas à ses soldats. Pour une raison capitale : ne pas être renversé. Tu piges ? Moi je peux pas arroser tout le monde éternellement. Si ils voient qu'on se paie trop souvent leurs poires, ca ne servira plus à rien de payer des coups à boire à toute la clique, y aura des émeutes, nos lieutenants se sépareront, et on se fera descendre.Il saisit une bouteille. Dehors une pluie fine d'orage commençait à tomber. Il semblait un peu plus mélancolique que d'ordinaire.Tu vois Herman, nous autres, on se vante de ne pas être comme les poulets, d'offrir aux gens des services qu'ils ne pourraient pas se payer, de leur assurer la prospérité de leur commerce et la protection de leur petite vie de commerçant... Mais on fonctionne quelque part un peu comme tous les corniauds qu'on pourchasse. J'ai pas fait les classes de philosophie, mais je pense en avoir suffisament vu pour te dire qu'on a beau être comme des princes, on règne en fait sur pas grand chose. Tout cela est fragile... Et il suffirait que les gars ouvrent les yeux un peu trop grand pour qu'il découvrent quels genre d'hommes nous sommes. Crois-moi, à festoyer avec eux, à être trop souvent témoin de leurs rires, leurs larmes, leurs passions, on en arrive à appréhender sacrément le jour où on devra les refroidir. Viser quelqu'un avec le goulot d'une bouteille de Champagne en se disant qu'en fin de soirée ce sera le canon d'un flingue, c'est moche. Très moche.
Le truc c'est qu'on vraiment faire confiance à personne. On a pas les mêmes lois que les gens qui sont de l'autres côté. Pour un peu que tu sois trop effaçé ou trop présent, tu peut te faire taxer de traître ou de conspirateur, et te faire abbatre comme un animal. Parce que ouais, Herman, je sais ce que tu penses. Ca m'a fait quelque chose d'apprendre qu'on a perdu une dizaine de bonhommes au port. C'est pas des soldats, ni des frères, mais presque des fils que j'ai perdu. C'est très moche. J'étais triste, mais je me suis dit que dans le tas a peut-être péri celui qui m'aurait tenu en joue avec une carabine. Le gang c'est une philosophie à part entière. On peut faire confiance à personne d'autre que soi, et forcément on est obligé de s'habituer. Non, ça me plait pas de jouer les terreurs ambulantes et de liquider le premier qui me marche sur les pieds. Non, ça me plait pas de buter dix lascards par jour. Et tuer le gamin de l'autre fois, honnêtement, ça aurait été au-dessus de mes forces.
Je suis pas en train de m'affaiblir. Le grand départ, pour moi, c'est pas tout de suite. Je suis pas encore une guimauve fripée, et la boîte en sapin, ça attendra. Mais par moment faut mettre un peu les choses au clair. Notre pouvoir est fragile, Herman. Et nous en sommes prisonniers. Pas moyen pour nous d'échapper à nos responsabilités. Et si on veut que personne nous pique notre place, je pense qu'inconsciemment c'est aussi parce qu'on veut pas qu'ils se retrouvent dans le même merdier. Etre un leader sanglant, c'est loin d'être marrant, et c'est souvent le résultat d'une enfance passée loin de ses parents. Je te raconte pas ma vie, mais j'ai vu de sacrées saloperies. Et mes parents étaient bien loin pour m'expliquer comment ça marchait. Pourquoi c'était cruel. Pourquoi c'était mal. On devient chef par la force des choses. On a certes toujours la méthode des arrivistes et des petits teigneux à la pêche miraculeuse, qui te poignardent dans le dos... Mais les vrais chefs, ceux qui ont ça dans leur sang, on leur laisse la place, on s'écarte, on leur laisse un chemin vers le sommet. Encore une fois, je dis pas que c'est bien. Mais c'est comme ça que ça fonctionne.
C'est une grande pièce de théâtre qu'on joue là, Herman. Une tragédie. Un drame annonçé. Alors faiblis pas, et joue ton rôle.Puis il fit mine de crier :- Bordel, Henry ! Je t'ai demandé deux bières ! Ca vient ou je me lève, vérole de Dieu ?Il confia pudiquement à Herman, visiblement dans le même état que lui :- Hum. Ca m'a fait du bien. De parler, hein. Pas un mot de ça aux autres, petit. Vu ? N'oublie pas... _________________ Charlie "Noisy Typewriter" Coleman, leader des Jazzmen de West Ark.
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Charlie Coleman "Noisy Typewriter"

Messages: 15 Date d'inscription: 10/11/2008 Localisation: West Ark
 | Sujet: Re: Henry's Lounge Bar Sam 20 Déc - 23:08 | |
| Après plusieurs minutes de silence, Charlie se leva et monta à l'étage. Là-haut, ses hommes de main assemblaient des fusils à lunette et chargaient des pistolets. Deux d'entre eux jetaient un regard discret vers la rue, à travers la fenêtre. - Alors ? Vous vous en sortez ? C'est quand même pas la lune de monter deux-trois soufflants. - On a quasiment fini, chef. On est tous chargés à bloc, on sera pas en manque. - Bien, bien... Et l'autre, il est toujours pas arrivé ? - Nan chef, ce salaud n'a toujours pas pointé son nez. On l'attend de pied ferme, je vous jure qu'on le loupera pas ! Ahahahahah !Au même moment, un vrombissement se fit entendre dans la rue. Coleman courut vers la fenêtre et s'écria :- Eh, bordel ! C'est pas sa voiture, ça ? - Euh ? Je pense pas... Ca fait trois plombes qu'elle était garée en face.. - Quoi ?! Il était dans le troquet d'en face et maintenant il se fait la malle ?! Mais magnez-vous de descendre ce clown ! Allez, au trot !L'étage entra en effervescence, et tous les gangsters se mirent à dévaler les escaliers en emportant leur attirail. Il se jetèrent dans leurs voitures, Coleman en tête, criant au passage à Herman, resté au comptoir : - Herman, on se taille ! Notre cible vient de prendre le large ! Allez vous autres, moteur !Les quatre tractions avant se mirent en marche et firent crisser leur pneus sur la route dans un nuage de fumée. Toutes filèrent le train à une Ford Imperator bleue. Sur les trottoirs, les passants criaient et se jetaient dans les magasins pour échapper aux véhicules qui fonçaient à travers la ville à tombeau ouvert. Entre deux coups de klaxon et trois tirs de mitrailleuses, Coleman, dans la première voiture, cria :- Visez les pneus, mais visez les pneus bordel ! Sa caisse est mieux blindée qu'un char d'assaut !Toute l'escadrille d'automobiles folles quitta le quartier de West Ark. _________________ Charlie "Noisy Typewriter" Coleman, leader des Jazzmen de West Ark.
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