Charlie Coleman "Noisy Typewriter"

Messages: 15 Date d'inscription: 10/11/2008 Localisation: West Ark
 | Sujet: Comme un cheveu dans la soupe Mar 14 Avr - 23:47 | |
| *Ambiance musicale*- Pressez-vous ! Dépêchons un peu ! Allez, du nerf !Les couloirs du O'Grady's Restaurant grouillaient de domestiques et de serveurs ce soir-là. C'est qu'on accueillait pas n'importe qui ! Tout le palace avait mis les bouchées doubles sous les ordres du grand patron, monsieur O'Grady lui-même, qui avait fait le déplacement depuis l'Europe pour l'occasion. Serré et droit dans sa jaquette blanche, il veillait au grain et donnait ses dernières consignes avant l'arrivée de l'invité d'honneur : le député Rourk en personne ! Des buffets étaient dressés un peu partout dans la grande salle, et chacun tenait à la main une coupe de cocktail... Sans alcool bien entendu. Au dessus des convives flottaient des plateaux de petits fours dorés, tenus à bout de bras par des serveurs qui tâchaient de se faire les plus discrets possibles. Des journalistes s'ammassaient autours d'une berline qui venait de s'arrêter devant le restaurant. En toute hâte, on déroula un tapis rouge aux bords dorés, et tout se déroula comme dans un rêve. O'Grady vint vers Rourk les bras grands ouverts, et, sa grosse tête souriante légèrement inclinée il déclama assez fort pour se faire entendre des grattes-papiers : - Député Rourk ! Cher ami, bienvenue, bienvenue ! Nous allons pouvoir ouvrir les festivités de ce grand cocktail ! Entrez, je vous en prie ! Passant une main dans le dos du député, il prit le temps de sourire avec insistance aux photographes.- Vous savez, je reviens tout juste d'Europe ! De Paris, la ville de la gastronomie, où j'ai été reçu pour une convention de rien... venez, je vais vous narrer mes exploits, venez tous ! Mais avant, j'aimerais que nous parlions un peu si cela ne vous dérange pas... Vous savez, je pense que je vais encore voter pour vous, cher ami... Cette ville est en train de tomber aux mains de la pègre, c'est regrettable, vraiment regrettable. Ah ! Il nous faut retrouver notre bonne vieille ville, c'est un homme à poigne qu'il nous faut. Comme monsieur Hoover* (*président des USA en 1931, républicain) ! Je voterai encore pour lui... Il saura nous sortir de la crise, pas comme ces incompétents de démocrates ! Ah si cela ne tenait qu'à moi...! Enfin. Un peu d'ordre dans ce pays que diable.Il servit deux coupes de cocktail en tremblant et en maugréant.- Ah ! Ca... Une société sans cette vermine, cette graine de malfrats ! Qui ruinent les honnêtes gens ! Regardez en Europe, moi qui en viens, je peux vous dire qu'ils ont trouvé la solution ! Serrer la vis un peu de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Quoi qu'on en dise. Ah, mais. Vous prendrez des glaçons ? Regardez en Italie... Ils n'ont pas ce problème. Nous sommes trop permissifs ! Oui, vous me trouverez sans doute un peu trop... extrème. Mais c'est l'heure où jamais de mettre les points sur les I ! Vous ne pensez pas ? Mhh ? - Fasciste. - Euh ! Quoi ?!O'Grady rougit violemment et se retourna pour voir le visage de celui qui l'avait insulté. Un individu en smoking noir se tenait là, une coupe à la main. Le présomptueux s'avança et poursuivit :- Je disais : "fâcheux". Fâcheux, de ne pas pouvoir se sustenter d'un peu d'alcool, n'est-il pas, monsieur O'Grady ? - Mais... Oui... Vous m'avez entendu parler ? - A peine, monsieur O'Grady. A peine. - Mhh. - Vous avez de l'alcool, n'est-ce pas ? - Quelques bouteilles.... Pour le repas. - Mais c'est illégal, n'est-ce pas ? - Oui... Enfin c'est à dire que c'est spécial. - Vous êtes au-dessus des loi, n'est-ce pas ? - Euh... En réalité... Mais enfin, qui êtes-vous ? Vous êtes un agent de la prohibition ? Vous êtes de la Police, c'est ça ? - Non, monsieur O'Grady. Je suis votre fournisseur. Ma tronche de vermine ne vous revient pas, monsieur O'Grady ? Ma sale bobine de malfrat ? - Qui êtes-vous ! Je vous somme de me répondre ! - N'ayez crainte je suis comme vous.L'invité mystérieux donna un violent coup de pied dans un buffet qui tombe sur le député Rourk. Plusieurs autres invités en smoking sortirent des armes à feu de leurs vestons et mirent les hautes personnalités en joue, en formant un cercle autours du "fournissaeur". Ce dernier agrippa O'Grady par le col et extirpa une Thompson démontée de sa veste. Tout en la montant, Charlie grogna à la face de l'hôte blanc de peur :- Moi aussi je suis au-dessus des lois. Comme vous. Alors, comme ça on se paye des voyages en Europe aux frais de la princesse, tout confort ? Paris mon oeil ! Ce serait pas plutôt un petit bonjour à Rome et environs ? Voir votre oncle pas mal plaçé auprès du Grand Chef ? C'est fâcheux. Fâcheux se fricotter avec les cette espèce de politiciens. Fâcheux de partir sans payer ma gnôle en menaçant de me balancer. Fâcheux de faire de la lèche au pire des députés les plus véreux de la ville, lui-même affecté à la Sûreté Publique ! Celui-là même qui est payé des caisses pour faire la peau des parrains locaux.Charlie tira une salve au plafond sous les cris des invités qui s'étaient jetés sous les tables. Il jeta O'Grady contre un mur et interpella l'un de ses hommes de main : - Stan, Matt, allez faire les poches des bourges, Tony et Sam, dessoudez le coffre. Et pour vous, député, mes salutations les plus distinguées, et celle de mes compagnons en taule et au cimetierre !Il arma sa mitrailleuse dans un cliquetit bref, et insensiblement vida un chargeur de cinquante balles dans le buste du député qui s'écroula au sol dans une épaisse flaque de sang. Les convives pétrifiés hurlaient de plus belle. Les gangters chargé d'argent et de bijoux sortirent en courant du restaurant. Dans une révérence exagérée et avec un sourire carnassier, tout en rechargeant son arme, Charlie lança à O'Grady :- Et pour toi, le pingouin amoureux des aigles, les remerciements chaleureux de la lie de la société ! Le bas-Hopeland et le New Ark profond te font cadeau de leur meilleur alcool ! A consommer sans modération !Pour parfaire sa mise en scène, il chevaucha un chariot à dessert et brandit sa Thompson comme une épée en criant, sans y mettre les formes et sans soucis du ridicule :- Vengeance est faite ! Sic Semper Tyranis ! Ainsi meurent les tyrans, et ainsi soit-il ! Retenez mon nom, bourgeoisie ! Ma gloire sera votre chute !Sa dernière phrase fut coupée par une puissante explosion venue des cuisines. Le plafond commença à s'effondrer alors que Charlie passa la porte en s'abritant sous un plateau de crudités qu'il tenait au-dessus de sa tête. Il s'engouffra dans une conduite intérieure noire parquée non loin du restaurant en flammes et s'evanouit dans la nuit. Les sirènes de pompiers retentissaient déjà. Les clients du restaurant en état de choc se mêlaient aux passants qui s'arrêtaient pour voir la scène. Assurément, cela fera quelques lignes dans les journaux. Charlie était satisfait de son méfait, et contemplait le butin avec ses associés.
Dans la nuit noire, sous les taches de lumière des éclairages public, tous étaient pris de ce rire malsain et forçé, mais necessaire. Comme pour décompresser. On riait pour ne pas crier, ou ne pas pleurer, franchement ou en silence, chacun riait un peu dans sa barbe et son costume maculé de sang. Un rire gras et lourd, ou perçant et vicieux. Ils riaient d'avoir fait peur, d'avoir semé la mort. D'avoir commis vol et crime. Charlie était le seul à ne pas rire. Ce n'était pas un jeu pour lui, c'était simplement des affaires. Et comme beaucoup d'américains, il ne riait pas de son travail. Un travail un peu particulier. _________________ Charlie "Noisy Typewriter" Coleman, leader des Jazzmen de West Ark.
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